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BASKETBALL MAGAZINE

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”Il y a des barrières

inconscientes installées

depuis de nombreuses

années qui font qu’il

est souvent plus

difficile pour les

femmes d’obtenir des

responsabilités."

Alexandra Arena

explique Alexandra Arena, 22 années de coaching à son

actif. "La manière dont on me décrivait le profil, ça ressemblait

à celui d’un homme." Cette image déformée du métier est

souvent confortée par d’autres facteurs. "C’est un métier

qui, chaque année, s’exerce sans réelle pause", estime Elise

Prodhomme, actuellement joueuse en LF2 et coach au niveau

régional. "Or en tant qu’homme, lorsque votre femme tombe

enceinte, ça ne vous empêche pas d’exercer. L’inverse est

évidemment moins vrai."

Cette question de la maternité, qui ne se pose que pour

une certaine catégorie d’âge, ne peut évidemment pas tout

expliquer. "Il y a d’autres raisons qui pourraient être perçues

comme du machisme mais qui sont des constatations",

explique Ivano Ballarini, responsable pédagogique du diplôme

DEPB et directeur sportif de l’Équipe de France féminine. "Le

coaching en compétition, au sens premier du terme, attire moins

les femmes. Dans les catégories de jeunes, où les résultats

comptent moins que le rapport humain et la formation, il y a

du personnel féminin. Dès que le résultat sportif brut devient la

priorité, il y a une raréfaction presque automatique." Dès lors,

si les clubs enrôlent peu de femmes, c’est aussi parce qu’elles

sont beaucoup moins nombreuses sur le marché de l’emploi.

Et pour cause, peu s’inscrivent aux formations qui délivrent les

diplômes nécessaires. "Sur les premiers niveaux de formation

régionales, nos effectifs sont plutôt bien proportionnés

hommes-femmes", explique Matthieu Souchois, Directeur du

Pôle Formation et Emploi au sein de la FFBB. "Il y a ensuite

une baisse très importante de la proportion de jeunes filles

ou de femmes dans nos formations et ça s’accentue au fur

et à mesure que l’on arrive sur les niveaux supérieurs comme

le diplôme d’entraîneur fédéral et le diplôme d’entraîneur

professionnel de basket."

Depuis la réforme des diplômes en 2012 et la création du

DEPB, qui prépare chaque année une dizaine de candidats

à devenir les entraîneurs de demain en Jeep® Élite, ProB,

LFB ou N1, seulement 7 femmes ont suivi et validé cette

formation. "Est-ce que les femmes sont moins passionnées ?",

s’interroge Elise Prodhomme. "Ce que je sais, c’est que

beaucoup de joueuses me disent qu’elles ne souhaitent pas

repartir sur une deuxième carrière qui serait similaire en terme

de déplacements et de sacrifices." Si la plupart des joueuses

professionnelles murissent le choix de cette non-reconversion,

d’autres s’interdisent certainement un possible avenir dans

le milieu du coaching. "Je ne peux évidemment pas parler

au nom de toutes les femmes mais comme les perspectives

d’évolution dans ce métier peuvent parfois paraître bouchées,

certaines doivent se demander l’intérêt de passer les diplômes

nécessaires", juge Alexandra Arena.

Donner aux femmes la certitude qu’elles ont toute leur place au

sein des différentes formations est la priorité de la FFBB. "Ce

qui serait grave en effet, ce serait de dire à une femme qu’elle

n’a pas le droit ou que ce n’est pas pour elle", confirme Ivano

Ballarini. "Au contraire, onouvre les portes engrand, on facilite les

choses." Dès le niveau régional, la FFBB mène depuis plusieurs

saisons une politique d’identification afin d’accompagner

davantage de candidates aux formations diplômantes. "On

demande à nos territoires d’identifier les potentiels entrants

par rapport aux joueurs et joueuses qui sont dans leur région",

précise Matthieu Souchois. "Ça nous permet d’avoir un

ciblage plus précis." De leur côté, les instances changent leurs

approches pédagogiques sur les niveaux intermédiaires afin de

proposer des formations moins classiques et plus orientées

sur un apprentissage de terrain. "On espère que cela nous

permettra de faire venir plus de jeunes filles et, surtout, de les

fidéliser." Au même titre, les conditions d’accès aux diplômes

d’entraîneur fédéral (DEFB) et professionnel (DEPB) évoluent

également. "Nous avons beaucoup à faire pour arriver à plus

de modularité dans la formation mais notre approche est très

positive. Notre sélection sur les DEFB et DEPB est centrée sur

les gens qui sont en activité. Nous dérogeons pour le public

féminin en lui disant que ce n’est pas parce qu’il n’est pas en

activité qu’il ne sera pas retenu. On organise leur alternance en

conséquence." S’il faudra certainement plusieurs saisons pour

mesurer toute l’efficacité de ces mesures, nul doute qu’elles

devraient favoriser la féminisation d’un milieu qui profitera

forcément d’une plus grande mixité.

Ljubica Drjlaca