Previous Page  13 / 27 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 13 / 27 Next Page
Page Background

AVRIL 2020

13

ÉD I TO • SOMMA I RE

ACTUAL I TÉS

BRÈVES •

I NTERV I EW •

5x5

• V x E • 3x3 • SUPPL ÉMENT

“J’ÉTAIS PERSUADÉE QUE

JE NE VOULAIS PAS ÊTRE

ENTRAÎNEUR”

Alexandra Arena, coach de Sainte-Savine

(NF1) et Elise Prodhomme, joueuse à Aulnoye

(LF2), ont obtenu l’année dernière leur DEPB,

sésame indispensable pour coacher au plus

haut niveau.

Cette formation était-elle un projet de longue date ?

A.A : Je l’avais en tête depuis plusieurs années mais sans le

verbaliser, peut-être parce que jememettais pasmal de barrières.

Il a vraiment pris forme lorsque j’étais CTF à la Ligue Régionale

du Languedoc-Roussillon. J’avais cette envie de coacher à

haut niveau et ça devait passer par différentes étapes. J’ai donc

démissionné et je suis entrée en 2014 dans l’encadrement du

centre de formation au BLMA.

E.P : J’ai préparé mon avenir tout au long de ma carrière de

joueuse. J’ai commencé mes diplômes il y a huit ans. Cet été,

je serai assistante en Équipe de France U16. À mon sens, la

formation d’un entraîneur commence le plus tôt possible, je ne

concevais pas d’attendre la fin de ma carrière pour la débuter.

Comment pourriez-vous décrire cette formation ?

A.A : Très exigeante sur le plan de la charge de travail. Cette

formation n’est pas axée sur l’aspect technique du basket

mais sur le management au sens large. Elle offre une vision

indispensable que je n’avais pas en amont. On échange avec

des entraîneurs qui ont des visions, des niveaux, des parcours

différents. On s’enrichit les uns les autres.

E.P : Ça demande du temps, de l’investissement, de la réflexion.

C’est une formation très enrichissante sur le plan des échanges

et des partages d’expériences.

Votre ambition est-elle de coacher dans les championnats

professionnels ?

A.A : Coacher en NF1, c’est une étape. J’ai envie d’aller plus loin.

Je veux m’aguerrir sur ce niveau, accompagner le plus possible

le club de Sainte-Savine et on verra la suite.

E.P : Je vais prendre le temps qu’il faudra mais oui, c’est

l’objectif. Dans 5 ans ? 10 ans ? Je n’en ai pas la moindre

idée. Il faut continuer à évoluer car obtenir un diplôme ne veut

pas obligatoirement dire qu’on est prêt. Le diplôme ouvre des

opportunités mais l’incompétence peut en fermer d’autres.

Que pourriez-vous dire à des jeunes filles et femmes

qui hésiteraient à s’inscrire aux formations ?

A.A : On n’a qu’une seule vie, il est important de la vivre.

Les barrières, on peut les briser, les contourner. Si c’est

une vocation, une passion, un rêve, il faut se demander

comment faire pour y arriver et tout mettre en œuvre. Il ne

faut pas attendre des autres qu’ils nous ouvrent des portes.

E.P : Essayez ! Essayez d’entraîner, de venir sur des séances

dans vos clubs. J’étais persuadée que je ne voulais pas être

entraîneur jusqu’au jour où j’ai vraiment essayé. Les diplômes

ne sont pas un frein. On parle beaucoup de féminisation dans

le basket mais c’est aussi à nous, les femmes, de faire ce

qu’il faut en termes de compétences pour être reconnues.

Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on devrait avoir

un poste. C’est parce qu’on est compétente.

ma chance. J’ai par exemple entraîné en N3 chez les garçons

et les dirigeants en place étaient des hommes. On m’a fait

confiance grâce à mon CV et mon expérience."

Même si les femmes sont un peu plus nombreuses à coacher

en NF2, NF3 ou NM2 et NM3, les chiffres ne mentent pas.

En 2020, le pourcentage de postes détenus par des femmes

au sein des six premiers championnats nationaux demeure

famélique (5,2%). L’une des raisons principales de cette sous-

représentation renvoie à la vision surannée que certains se

font du métier, à savoir celui d’une profession où seuls les

hommes seraient légitimes et compétents. "Je me suis parfois

positionnée sur des postes où l’on me répondait que l’on

recherchait quelqu’un avec une certaine forme de… carrure",

Alexandra Arena

Elise Prodhomme

”Nous dérogeons pour le

public féminin en lui

disant que ce n’est pas

parce qu’il n’est pas en

activité qu’il ne sera

pas retenu. On organise

leur alternance en

conséquence.”

Matthieu Souchois